Over The Hills and Far Away: Gravel

De nouvelles expériences.


Dimanche dernier, je me suis inscrit pour une épreuve de vélo sur un site découvert quelques jours auparavant. Ça consistait en une boucle de 90km autour de Maastricht, et j’avais rendez-vous entre 10h et 11h dans un café-magasin de vélos à Maastricht, à mille milles de tout lieu habité de la maison.

Une bonne occasion de sortir de sa zone de confort, en somme. De franchir des limites. De laisser la folie nous trouver.
Smashing through the boundaries, lunacy has found me, cannot stop the

Je me suis donc pointé là-bas vers 10h30 et le personnel du magasin — très gentil, au demeurant — m’a dit qu’ils étaient au courant de ce parcours mais qu’ils n’avaient vu personne, et que j’étais le premier participant. Un peu surpris, j’ai attendu un peu, le temps de finir de préparer mon vélo, mais comme il y avait un paquet de kilomètres à faire et un retour au bercail en fin de journée, je suis parti.

Le point de rendez-vous

Je traverse donc la ville de Maastricht, qui m’a souvent fait penser à une version miniature de Paris. Je passe d’ailleurs devant l’Hôtel de Ville, qui ressemble à l’Hôtel de Ville de Paris qu’on aurait raboté sur les cotés.

Hôtel de Ville de Maastricht

Une fois sorti de la ville, roulant plein est, je découvre les paysages limbourgeois, lesquels sont bien différents de ceux du reste du pays : ça fait moins rangé, et surtout plus vallonné.

Campagne à la sortie de Maastricht

Puis, fin des champs et début de la forêt. Une forêt bien plus dense et sauvage que celles que j’ai traversées lors de mes balades précédentes.

Forêt

Au sortir de la forêt, je tombe sur une ferme, et le regard inquiet d’une vache. Elle est coincée dans son étable et sent bien qu’elle va finir sous film plastique dans un rayon réfrigéré d’un supermarché.

Moins envie d’un steak, du coup.

Puis vers le village de Terblijt, je retrouve des champs, orge et blé à vue de nez. Il y a des coquelicots et des mauvaises herbes au bord, et ce n’est pas si souvent que je vois ça. D’habitude les champs ici sont bien rangés et bien soignés.

Orge
Blé et coquelicots

Vous savez qui a peint des coquelicots ? Oui, Claude Monet.

Les Coquelicots, Claude Monet

Le coquelicot est la fleur de Déméter, déesse grecque de la terre, et de sa fille Perséphone. Logique : le coquelicot pousse essentiellement au printemps dans de la terre fraîchement remuée, et dans la mythologie grecque, le printemps est le moment où Déméter retrouve sa fille (la pauvre est obligée de passer l’hiver aux Enfers avec son mari Hadès, une espèce de petite frappe imbu de lui-même qui se croit tout permis mais qui a besoin d’un chien à trois têtes pour se sentir en sécurité et qui pour se trouver une meuf en est réduit à la voler à sa mère).

D’ailleurs Wikipedia nous apprend que les personnages sur le tableau sont certainement la femme et le fils du peintre.

Vous vous doutez bien qu’un tâcheron comme Caillebotte est bien loin de ce genre de considération quand il peint. Il a déjà du bien du mal à ne pas renverser sa palette par terre, ce qui lui vaudrait de se faire engueuler par maman, car ses chaussures seraient alors éclaboussées de peinture. Lui serait bien content, du reste, car il déteste ces chaussures neuves qui couinent. C’est cependant le prix à payer pour recevoir un ballon de baudruche et un bonbon au magasin.

Gustave Caillebotte, la plaine de Gennevilliers, champ jaune

Comme à son habitude, une perspective hasardeuse, un choix de couleurs sans intérêt, et dans le cas présent, une ligne d’horizon bâclée au point que je me demande si elle est vraiment droite. Quant au ciel, la teinte jaunâtre me laisse penser que Gustave s’est trompé en prenant le tube de peinture dans son sac : il a confondu avec une Pom’Pote banane-ananas que sa maman avait glissé là à son attention.

Heureusement qu’il n’ait pas pris son berlingot de lait-fraise à la place, parce que je ne vous raconte pas les dégâts. Encore qu’il aurait alors préfiguré le courant psychédélique et sa peinture aurait sans doute terminé sur la pochette d’un album de Pink Floyd.

Notez enfin que le paysage est à Gennevilliers, dans la Petite Couronne : prendre le RER C, c’était déjà bien assez d’aventures.

Sur ces entrefaites, je traverse un bout de forêt et débarque dans le village de Margraten, et les rues de la ville sont décorées de dessins faits avec du sable et des branches. Intéressant.

Une colombe de la paix

Margraten, je l’ai appris plus tard, abrite un cimetière militaire américain. C’est sans doute lié, mais je n’ai pas trouvé quel était l’événement célébré ce dimanche.

Dans le village suivant, Schin op Geul, il y a aussi des dessins en sable sur la route mais ce sont des dessins religieux. Il y a aussi des gens bien habillés un peu partout dans le village et en particulier devant l’église. Renseignements pris auprès d’un groupe de gens, il s’agit d’une procession religieuse qui a lieu aujourd’hui, jusqu’à l’église. L’occasion pour les gens de se retrouver pour une sorte de fête du village, on dirait.

Schin op Geul

En sortie du village, alors que je suis affairé à consulter mon GPS, un monsieur qui bosse sur un toit me demande si tout va bien et si j’ai besoin de quelque chose. Tout va bien, je n’ai besoin de rien, mais je le remercie. Il me sourit et me souhaite une bonne balade. C’est sympa de sa part et j’apprécie la philanthropie de cet ouvrier charpentier.

Mais sautons du coq à l’âne.

Mon ami Romain, il y a quelques années, avait traversé la Belgique à pieds et avait terminé à la gare de Maastricht. Il m’avait dit que “dans le Limbourg, il y a des petits raidillons bien sentis”. Je confirme, les petits raidillons, je les ai bien sentis.

Gnnnn

Oui parce que je ne suis pas habitué à des pentes pareilles, moi. Les pourcentages dans le reste des Pays-Bas, pour vous donner un ordre d’idée, on est plutôt autour d’Anne Hidalgo à la présidentielle (HIDALGO DÉMISSION !!!), voire de Jean Lassalle pour les montées les plus raides ; alors qu’ici c’est plutôt du ballotage favorable (les muscles de mes jambes récusent l’emploi du terme “favorable”).

Je me tape donc une bonne montée bien casse-pattes dans un sombre tunnel d’arbres, il ne manque plus que des Nazgûl au galop qui passeraient par là.

Couloir végétal

De l’autre côté de la colline, c’est la petite ville de Gulpen. Je galère à la traverser, car aujourd’hui il y a une course et des barrières coupent à peu près toutes les rues que je dois emprunter ou traverser. À force de détours, j’arrive en bordure de la ville, mais la route que je dois prendre pour continuer fait partie du parcours de la course : me voilà quitte pour un autre détour.

Un monsieur de l’organisation de la course m’indique comment aller au prochain village ; par contre j’ai beaucoup de mal à le comprendre parce qu’il parle avec un accent local à couper au couteau. C’est presque plus difficile que de saisir les paroles d’une chanson d’Aya Nakamura.

Du reste, je n’exclus pas qu’il m’ait dit “aller à Mechelen par la route de la course ? Mais y’a pas moyen Djadja !”. Bon. La pookie dans le sas, je repars via un nouveau détour.

La course

Par la suite, je longe encore des champs. Je suis à seulement quelques kilomètres à vol d’oiseau d’Aix-La-Chapelle.

Je traverse Mechelen et c’est à nouveau de la forêt, avec à l’orée, des toilettes, ce qui est étrange.

Toilettes de forêt ?

Durant les kilomètres restant, j’ai bien du mal à savoir dans quel pays je me trouve. La route suit plus ou moins la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, et les villages de part et d’autres sont similaires. Je sens aussi l’influence de l’Allemagne, toute proche, avec des terrasses de type Biergarten un peu partout.

Frontière

C’est là aussi que je rencontre de la dénivelée bien fatigante : de petites montées courtes, souvent sur des chemins raides et en terre. De temps en temps j’ai un petit village à traverser. Et toujours ces fêtes de village.

Fête de village à Noorbeek

À Noorbeek, encore une rue barrée, mais comme il n’y a personne, je passe par le trottoir.

M’en fous

Puis c’est une longue crête qui surplombe la vallée de la Voer.

Vallée de la Voer

Redescendu dans la vallée, je passe par la petite ville de Gravenvoeren, située en Belgique néerlandophone. Et alors ce qui est inattendu c’est que je croise un jeune reporter bien connu sortant d’un restaurant.

Le restaurant syldave du Sceptre d’Ottokar

Fin de la Belgique à travers des champs de maïs puis un entrelacs des routes qui relient Liège à Maastricht, et le canal Albert qui relie la Meuse à la hauteur de Liège au port d’Anvers. J’avais longé ce canal il y a deux ans lors de mon voyage vers Paris.

Champ de maïs
Canal Albert

À quelques centaines de mètres de la frontière, une gentille dame remplit ma gourde, puis je retrouve les Pays-Bas. Ça ne m’aide pas vraiment à savoir où je suis, car après avoir croisé deux dames parlant néerlandais, on me dit bonjour en français, et je finis par entendre l’accent chuintant des flamands.

Fatigué et le moral éprouvé par les méandres incessants du chemin alors que je suis tout près de l’arrivée, je termine au plus vite et c’est avec soulagement que je traverse Maastricht, direction le café point de départ. La dame avec qui j’ai papoté ce matin m’a dit qu’elle n’a vu personne d’autre que moi.

Du coup j’hésite un peu à prendre l’abonnement premium à ce site. On verra bien par la suite.

Avant de prendre la route pour la maison, je me pose en terrasse pour prendre un vrai repas. Sur le menu, une photo d’André Rieu ; hé oui, il est originaire de Maastricht. À une autre table, un couple s’embrasse.

La pelle du 18 juin, sans doute.

Bar et tagliatelles

Bilan de la journée:

  • Distance : 88,95km
  • Temps de pédalage : 5h44
  • Dénivelée: 1138m

Many have I loved, and many times been bitten
Many times I’ve gazed along the open road

Many times I’ve lied, and many times I’ve listened
Many times I’ve wondered how much there is to know

Many dreams come true, and some have silver linings
I live for my dream, and a pocket full of gold

Mellow is the man who knows what he’s been missing
Many, many men can’t see the open road

7 commentaires sur « Over The Hills and Far Away: Gravel »

  1. Salut Manu, j’espere que ca va super bien pour toi. Hehe, canal Albert, morne plaine en plein soleil (qui se montre parfois sous nos cieux, oui oui)!!

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  2. Bonjour Manu,
    Des amis, navigateurs, plutôt favorables à Caillebotte, m’apprennent qu’il était un fin régatier, architecte naval et passionné d’horticulture.

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  3. Pas la foule à cette course… mais l’important c’est de participer !
    Pauvre Caillebotte, il en a pris pour son grade. Il n’a qu’à mieux peindre. Non mais !

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