Alive: de Reichertshausen à Munich

Le dernier départ. Les derniers kilomètres. L’arrivée sur les Champs-Elysées.


Ce matin, Christine m’offre un thé. Elle m’apprend que le houblon que j’ai vu hier est en réalité essentiellement destiné à l’exportation, surtout aux Etats-Unis.

Elle a un petit-fils de deux ans dont j’ai vu des photos partout dans la maison : il est trop chou.

Au moment de partir, le chat de Christine, imperturbable, me regarde ranger mes affaires et me préparer. Puis il se couche au soleil. Il pourrait aller chasser, se promener, aller voir d’autres chats, agacer un chien, grimper à un arbre, non : il se pose par terre et laisse les rayons du soleil le réchauffer.

Les chats ont tout compris, fais-je remarquer à Christine. Puis le chat va se remettre à l’ombre, à l’entrée du garage.

Le garage de Christine et le chat qui monte la garde

Ensuite, direction le centre du village pour de quoi me faire un petit déjeuner, que je prends assis sur le parking du supermarché, en profitant du soleil. Les chats ont tout compris.

D’abord un peu de route, puis un chemin cyclable à travers champs m’offre une alternative au bitume. Comme hier, les panneaux finissent par disparaître et je termine sur des chemins forestiers ou agricoles.

À Munich, j’aurais bien aimé voir mon ami Stephan ; pas de bol, il est absent cette semaine. Mais au moins, je l’aurai croisé sur le chemin.

Je découvre ensuite un chemin qui a l’air sympa et qui va me mener jusqu’à Munich. Il existe sur ma carte, je ne prends donc pas le risque de me perdre.

Au départ, il longe la rivière Amper. Et alors, je me demande : y a-t-il beaucoup de courant dans la rivière Amper ? Ah ah ah ! Et que disent les passagers d’un bateau qui a chaviré sur cette rivière ? Nous coulons ! Re-ah ah ah ! Bon, celle-là fonctionne mieux à l’oral.

Rivière Amper

Parallèlement à la rivière, il y a le canal Amper qui coule, forcément dans le sens opposé à la rivière, vu qu’il est en inversion ! Encore ah ah ah ! Celle-là est moins facile, j’avoue, il faut une… grille (de lecture), héhéhé !

Ceux qui ont compris, expliquez aux autres.

Canal Amper

D’ici à la ville, c’est de moins en moins la campagne, il y a de plus en plus de villages et ils semblent de plus en plus étendus. Mais je longe encore parfois des champs ou de la forêt.

Une piste d’atterrissage confectionnée par des extraterrestres ?

Et j’arrive dans la zone urbaine de Munich, et plus précisément à Dachau. Oui, c’est là où se trouvait le camp de concentration, qui aujourd’hui se visite. Autour, il y a un jardin avec des plaques explicatives et un mémorial.

Entrée du camp
Sculpture commémorative
Mémorial juif
Crématorium

Dachau n’était pas un camp d’extermination (il y a une chambre à gaz, mais elle n’a vraisemblablement pas servi), néanmoins la violence et la maltraitance y étaient systématiques et de nombreux prisonniers ont péri dans ce camp. Il y avait aussi des expérimentations médicales sur les prisonniers.

Un guide dont j’ai glané quelques explications a indiqué que vers la fin de la guerre, le camp était alimenté en prisonniers venant des pays de l’est, à mesure de l’avancée des troupes soviétiques, comme par exemple en Pologne : les nazis étaient soucieux de ne pas laisser de traces de leurs atrocités et vidaient au maximum les camps avant de partir.

Il y a beaucoup de gens qui font la visite du camp ou du jardin ; pour autant, c’est extrêmement silencieux car personne ne parle.

Après une petite heure à déambuler ici, je reprends mon chemin direction le centre de Munich : il me reste une vingtaine de kilomètres.

Ironiquement, après Dachau, je passe par la ville de Klarsfeld (les époux Klarsfeld, un historien et une journaliste, ont milité toute leur vie en faveur de la mémoire de la Shoah et contre l’impunité des anciens nazis).

Autoroute autour de Munich

Encore une bonne douzaine de bornes à travers la ville — c’est long, et j’arrive à Hauptbahnhof.

Eh bin voilà, fin du voyage.

Je me pose cinq minutes à proximité de la gare, le temps de me mettre dans le crâne que c’est fini ; au moment où je repars vers l’hôtel, un gars m’interpelle et commence à me demander des conseils sur le voyage à vélo.

On discute un peu, lui aimerait faire son premier voyage vers Prague avec son VTT. Il me dit qu’il trouve sa rencontre avec moi très inspirante.

Ça me touche beaucoup parce que j’ai moi-même été inspiré par d’autres personnes, et en particulier Jean, un ancien collègue à Grenoble. À la suite d’un divorce, il avait décidé de faire des vacances qui lui faisaient envie depuis longtemps : traverser la France à vélo. Et il était allé de Grenoble à Arcachon.

À son retour, il m’avait parlé de la vallée du Tarn, du viaduc de Millau, de la cathédrale de Mende ; j’avais trouvé ça merveilleux.

Plus tard, il y a eu aussi Olivier Bouillaud et sa compagne Hélène (que je n’ai jamais rencontrés, mais comme le monde est petit, un de mes collègues actuels, portugais, les a hébergés à Lisbonne en 2012), auteurs de nombreux voyages en tandem et amplement documentés sur leur blog.

Frauenkirche Munich

Arrivée à l’hôtel, un peu de repos, puis je vais faire un tour en ville. Fatigue, peu de temps, je zappe la Alte Pinakothek, ce sera pour une prochaine fois.

À Munich, ça brasse, les rues, les magasins, les terrasses, tout est plein comme un œuf. Autant que les kilomètres de la journée, c’est le bouillonnement de la ville qui me fatigue, j’ai l’impression d’absorber tout ça comme une éponge. Il y a deux ans à mon arrivée à Paris, j’avais ressenti la même chose.

Marienplatz

Au bout d’une heure à déambuler, je m’attable à un resto, puis, éreinté, je retourne à l’hôtel et je m’effondre.

Demain, départ 5h32, retour à la maison et réflexion à la question suivante :

Après Eindhoven-Francfort et Francfort-Munich, où vais-je aller en partant de Munich ?


Bilan de la journée, et du voyage :

  • Distance : 69,21km (cumulée 547,76km)
  • Temps de pédalage : 3h41 (cumulé 28h08)
  • Dénivelée: 352 (cumulée 3543m)

Oh, and do I deserve to be
Is that the question
And if so…if so…who answers…who answers…

I, oh, I’m still alive
Hey I, oh, I’m still alive
Hey I, but, I’m still alive
Yeah I, ooh, I’m still alive

8 commentaires sur « Alive: de Reichertshausen à Munich »

  1. Très belle narration d’un très beau voyage.
    Nous attendons la suite avec impatience, repose toi au soleil mais pas trop longtemps, pour ta santé de fer et car nous allons nous ennuyer…

    J’aime

  2. Il est toujours difficile de finir un voyage, à vélo ou à pied. Le retour à la réalité quotidienne est bruyant et parfois pénible. Mais tu vas repartir !
    Merci pour tes récits qui nous font découvrir ou redécouvrir tous ces lieux

    J’aime

  3. « This is the end, my friend »
    Bon, toute fin est l’occasion d’un nouveau départ, non ? Encore une perspective exaltante et de nouvelles découvertes t’attendent quelle que soit la destination…
    L’essentiel n’est pas l’objectif, l’essentiel c’est le chemin.
    Et comme dit le proverbe tibétain :
    « Quand tu es arrivé au sommet, continue à grimper »

    J’aime

  4. Et elle est prévue pour quand la saison 3 de la super série Zeothercyclist?
    Bravo Manu!!!
    PS: Dand ton livre tu mettras les réponses à tes énigmes en tout petit à l’envers en bas de page pour ceux qui n’ont pas la réf? 😅

    J’aime

  5. Et voilà encore un beau voyage qui se termine. Merci pour toutes ces belles photos et ces commentaires plein d’humour. Tu n’auras pas de mal à trouver une nouvelle destination. Il y a tellement de beaux coins à découvrir. Bisous et à bientôt Manu

    J’aime

Répondre à Serge Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *