Et voilà le dernier épisode du voyage à vélo avec Grogu, au départ de Oberwesel, et en direction de Mayence. Cette fois, enfin une bonne nuit, pour tous les deux.
Pas de petit déjeuner pourvu ici. Pas de supermarché aux alentours. On se dirige donc vers la boulangerie du bled à quelques centaines de mètres.
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En chemin, nous passons devant un monument dédié aux déportés durant la seconde guerre mondiale ; et plus exactement “les voisins que les citoyens de la ville ont perdus” — une délicate formulation.

À la boulangerie, Grogu prend un pain au chocolat (une chocolatine, si vous venez du sud-ouest) avec un chocolat chaud, et moi un petit sandwich au fromage avec du gâteau aux pommes.
Je vais faire mon Français pinailleur : le pain est bon, mais saccagé par de la mayonnaise médiocre, et le gâteau est trop cuit. Bref. En réalité on s’en tape, tout ça n’est que du carburant pour le reste de la journée.


On repart avec un pain au fromage pour Grogu (dans le sud-ouest, on appelle ça une fromagine) et un chausson aux pommes pour moi. Retour à la chambre pour les derniers préparatifs, puis on rejoint la piste cyclable qu’on a laissée hier.
Alors qu’on passe juste sous le château du Schönburg, deux avions de chasse passent à basse altitude, laissant Grogu bouche bée (“La vaaache ! Le bruit que ça fait!”). Je reconnais, aux plans canard, des Eurofighter Typhoons.


Un peu plus loin, le long du fleuve, je revois les pierres qui portent des inscriptions et que j’avais vues il y a trois ans. Grogu décide d’une pause.




Nous arrivons à Bingen, au confluent du Rhin et de la Nahe. Bizarrement, se trouve à cet endroit une statue de Poseidon. Je raconte à Grogu que lui et Amphitrite sont venus ici, se sont disputés, et Amphitrite s’est barrée seule avec la bagnole.
“Vraiment ?” me demande-t-il. Non, bien sûr, mais on ne sait toujours pas ce que cette statue fait ici.

Par ailleurs, une plaque indique que William Turner est venu ici peindre un tableau.

Très beau tableau, et qui restitue bien l’ambiance parfois brumeuse des lieux. En vrai, les châteaux ne sont pas si visibles, mais pour faire un tableau romantique qui claque, on se doit de mettre en évidence des machins mystérieux.

Qui n’a pas peint le Rhin ? Caillebotte, bien sûr ! Il a vu “L’or du Rhin” au Palais Garnier, et, bien qu’ayant été inspiré par la toile de Turner, il se refuse à aller en Allemagne, de peur d’y trouver des nains qui veulent dominer le monde, comme dans l’opéra de Wagner.
Il s’est donc limité à peindre la Seine depuis la décharge publique d’Athis-Mons, faute de mieux ; un tableau qui, vous vous en doutez, n’est pas vraiment passé à la postérité.
Quand Monet, lequel revient d’un séjour à Londres et aux Pays-Bas dans le but de développer son œil de peintre et de faire péter l’impressionnisme à la face du monde, lui dit en pouffant “mon pauvre Gustave, pour refourguer cette croûte, tu peux toujours la proposer au rayon décoration chez Lidl !”, Caillebotte se vexe et déclare pompeusement : “Le romantisme en peinture est mort”.
Jean-Léon Gérôme, passant par là et laissant traîner une oreille jalouse, jubile et proclame que l’impressionnisme finira à coup sûr dans les oubliettes.

À cet endroit, Grogu trouve une boîte métallique cachée sous un banc. Elle contient un papier. Nous comprenons qu’il s’agit d’un jeu de piste que l’on peut suivre avec une appli de geocaching.

Il prend aussi un peu d’eau du fleuve, “en souvenir” — allez savoir ce qu’il va en faire. Puis il mange sa fromagine, mais ça lui cale à peine une dent creuse : nous nous transportons donc au centre ville et nous attablons dans un petit restaurant qui sert des sandwiches.

Grogu commande un bagel au saumon fumé, hélas peu à son goût car fort chargé en aneth.

Au moment de repartir, il attire mon attention sur un jeu de piste situé dans un parc de la ville (entre-temps, il a téléchargé l’appli de geocaching sur son téléphone). Va pour le jeu de piste dans le parc, en fait un ancien cimetière.
Je reste près des vélos tandis qu’il vadrouille, revenant me voir de temps en temps pour que je lui traduise le texte des énigmes qui sont posées en allemand. Je vois aussi une jeune fille qui me fait penser à mon amie Gaëlle.

Suite de l’après-midi, il reste 35km. Il fait beau et il n’y a quasiment pas de vent. Le ventre presque vide, la fatigue des kilomètres dans les jambes, Grogu n’en avance pas moins à un bon rythme.

Vers 15h30, apparaît un restaurant le long de la piste cyclable. Je propose qu’on s’y arrête boire un verre, mais l’œil affûté de Grogu (et probablement son estomac aussi) repère qu’on y sert également des sushis : voilà qui va lui servir de repas. Il finit l’intégralité de son assiette, et nous repartons pour une petite heure.


Les derniers kilomètres sont un peu pénibles : de la ville sans intérêt et sans fin. Nous arrivons à l’hôtel alors qu’il est presque 18h.
Une douche et je vais acheter un sandwich pour mon dîner : Grogu n’a plus envie de sortir, et n’a pas faim suite aux sushis de l’après-midi. Ce qui ne l’empêche pas de s’envoyer une brioche achetée à Bingen.
En rentrant à l’hôtel, je remarque des pavés en mémoire de déportés. On appelle ça Stolperstein, et j’avais déjà vu ça à Amsterdam.

Fin de la journée, mise au lit. Le lendemain, petit déjeuner. Train. Les paysages vus à vélo durant la semaine. Le retour à la maison. La satisfaction des cyclistes.

On recommencera.
Bilan de la journée :
- Distance : 56km (cumulé 208,62km)
- Temps de pédalage : 3h16 (cumulé 12h22)
- Dénivelée : 227m (cumulée 697m)
Crédits :
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Arthur a atteint son objectif ! Bravo !
C’est une belle découverte pour lui, qui lui donnera sûrement le goût des randos itinérantes !
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Bravo à Arthur pour ce périple et merci au papa pour le récit des étapes !
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Beau voyage ! Belle performance à deux !
À quand et où la prochaine destination ?
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C’est trop sympa d’avoir fait cela tout les deux.
Bravo Arthur pour ce périple sportif !
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