Brothers in arms : de La Flèche à Rochefort-sur-Loire

Dans un concert, il y a souvent des chansons qu’on prend moins de plaisir à écouter. Qui peuvent sembler laborieuses voire interminables.


Très bonne nuit chez Raphaël et Gaëlle, passée sur un matelas d’appoint pour cause de déménagement prochain… Je sors du lit (enfin, je me mets debout à côté du matelas) et commence à ranger discrètement mes affaires. Fleur et ses parents dorment encore. Puis je descends préparer mon petit dej, vite rejoint par Raphaël et Fleur.

Raphaël prépare du thé pour nous deux et des rondelles de banane avec du beurre de cacahuète pour Fleur, qui refuse de manger. J’ai l’impression qu’on ne lui sort pas facilement une idée de la tête.

Je précise, en réponse à la question de Julia, que je n’ai pas fait de baby-sitting. Fleur était avec ses parents hier soir. Heureusement, car j’aurais passé la soirée à lui montrer la photo du chat, et probablement à galérer pour la faire manger.

Je demande à Raphaël, qui est prof d’anglais, ce qu’il pense de l’enseignement de l’anglais en France. Il me répond que globalement, pour lui, ses collègues font bien leur travail ; le problème, d’ordre culturel, est plus un déficit d’exposition à l’anglais. Je lui raconte une discussion il y a une douzaine d’années avec un jeune homme qui venait de quitter le lycée.

Ledit jeune homme était allé passer quelques jours à Londres avec sa sœur, qui était alors en fac d’anglais. Mais c’est lui qui avait fait toutes les démarches : sa sœur ne comprenait rien et ne parlait pas un mot. Lui devait son niveau au fait qu’il avait regardé toute la série How I met your mother en version originale. Raphaël me dit « ben t’as tout résumé ».

Je termine mon petit déjeuner avec Gaëlle qui s’est levée entre temps, puis je descends mes affaires, remplis mes bidons et après avoir dit au revoir à tout le monde (et remontré la photo du chat à Fleur), je pars.

À la sortie du village, je reprends mon itinéraire le long du Loir, et je retrouve la cambrousse. Dans un champ, deux chevaux placides me regardent passer.

Bernard et Bianca ? Dupond et Dupont ? Tanguy et Laverdure ? Pélléas et Mélisande ? Simon et Garfunkel ? À vous de voir.

Une heure plus tard je passe dans le village de Durtal, nom que je trouve bizarre. Le Loir passe toujours par là — je ne compte plus le nombre de fois où je l’ai traversé, et il y a un château assez mastoc.

Château de Durtal

Par la suite, la pluie s’invite ; un avant-goût de la Bretagne ? Aujourd’hui il a fait gris toute la journée, je n’ai pas eu besoin de mes lunettes de soleil.

Plic ploc sur le Loir

Alors qu’il continue de pleuvoir, je longe un champ de maïs. Et alors je ne sais pas vous mais je trouve un peu bizarre d’arroser du maïs alors qu’il pleut.

Voilà du maïs qui aura bien un goût de flotte

Puis encore un château, par ici ça pullule. Il s’agit du Château du Verger. Pour info, en 1488 a été signé dans ce château le Traité du Verger, stipulant que l’héritière du duché de Bretagne ne peut se marier sans l’accord du roi de France.

C’est prodigieusement intéressant, me diriez-vous, pour peu que vous soyez complètement taré (© Pierre Desproges).

Il s’est passé de ces trucs pendant la monarchie dites donc. Fabuleux.

Château du Verger

Ensuite, j’arrive dans une ville au nom sympa.

Justement, c’est là que la pluie s’arrête !

Dans le village, je tombe sur une église dont la porte est ouverte, je vais donc faire un petit tour à l’intérieur. Ça me permet de me poser quelques minutes et d’être un peu au sec. Et puis cette église est très jolie.

Église St-Aubin de Seiches-sur-le-Loir

Je fais un détour par la boulangerie, dans laquelle se vendent, bonheur, des salades à emporter. Un peu de légumes c’est bien. Ensuite, je peine à sortir du village et à retrouver mon itinéraire : il y a des travaux mais les seules indications pour les vélos tiennent en deux mots : route barrée.

C’est par là que j’étais censé aller…

Cependant, la pluie a repris, quoique modérément. Avisant un banc sous des arbres, je mange ma salade. Quand je repars, la pluie en fait autant.

Je m’approche d’Angers, les villages sont moins espacés, et à partir de St-Sylvain d’Anjou (une dizaine de kilomètres avant Angers), les panneaux de l’itinéraire cyclable disparaissent. Et avec la pluie pas très pratique de consulter le GPS sur le téléphone.

À force de persévérance et de traversées de zones commerciales, je finis par arriver à Angers. Pluie, envie d’arriver au bout, je n’ai pas vu grand chose hormis une espèce de cathédrale et un bout de ville fortifiée.

Espèce de cathédrale
Bout de ville fortifiée

À Angers, ce n’est plus le Loir qui coule. Entre-temps, celui-ci s’est jeté dans la Sarthe, qui a rejoint la Mayenne à l’entrée d’Angers pour former la Maine. Dix kilomètres en aval, la Maine se jette dans la Loire.

Pressé par le temps (Vanessa, la dame de la chambre d’hôte de ce soir, devait partir à 17h), je n’ai cherché ni les lunettes de Coluche, ni l’institut de chirurgie esthétique d’Angers.

À partir d’Angers, la piste est mieux indiquée. Elle rejoint aussi la Véloroute de la Loire. En attendant, la pluie a cessé et je pédale à un bon rythme pour arriver à l’heure avant le départ de Vanessa.

Petite fleur perdue en chemin (après vérification, il s’agit d’un Aster de Chine)
Et voilà ce qui se passe quand on prépare une sauce Béchamel tout en révisant ses conjugaisons. On mélange tout.

À Rochefort-sur-Loire, je croise un combi VW rempli de gens accoutrés de façon bizarre. L’un d’entre eux descend et me demande si j’ai vu d’autre combis — il m’explique qu’ils sont en train de jouer à un jeu. Je lui dis que je ne suis pas de la région, mais qu’à mon avis la Californie c’est pas trop par là.

Et si le jeu était une chasse aux fantômes ? Avec Scooby-Doo ? Spoiler : c’est le gardien du cimetière qui a fait le coup.

Derniers kilomètres à travers des vignobles. Une question me vient : ici c’est la rive gauche de la Loire, que font des vignobles orientés au nord ?

J’arrive chez Vanessa. Elle est britannique ; elle doit s’absenter ce soir car elle est musicienne et elle doit jouer dans la représentation d’un opéra.

Le soir je vais manger dans un restaurant à quelques kilomètres de là. En boisson on me sert de l’Orezza, une eau pétillante corse. Bien que n’ayant jamais mis les pieds en Corse, je connais cette boisson puisque depuis un an mon neveu m’en rebat les oreilles. Si vous le lancez là-dessus, c’est à vos risques et périls. Vous voilà prévenus.

Ça passe bien, dit mon neveu

Par ailleurs le chef du restaurant m’explique tout de À à Z sur les vignobles du coin, il s’agit de Coteau du Layon, vin blanc liquoreux réputé. Le relief, assez doux, autorise des pieds sur les versants nord, mais seuls les vignobles orientés sud font l’objet d’une appellation particulière.

Le gars est très sympa et ça se voit qu’il aime faire à manger pour ses clients. Je lui parle de la Chartreuse Verte, lui de la Verveine du Velay, qui est selon lui « à tomber sur le cul ».

Avec ça, fin de la journée.


Bilan de la journée :

  • 92,10km parcourus (cumulé 428,50km)
  • 5h14 de pédalage (cumulé 25h07)
  • 555m de D+ (cumulée 2219m)

Someday you’ll return to
Your valleys and your farms
And you’ll no longer burn to be
Brothers in arms
[…]
But it’s written in the starlight
And every line in your palm
We’re fools to make war
On our brothers in arms

7 commentaires sur « Brothers in arms : de La Flèche à Rochefort-sur-Loire »

  1. La Loire t’a bien inspiré. Tu as bien fait de ne pas t’attarder à Angers, car tu aurais risqué « une angevine de poitrine »🤣
    La chanson « Brothers in arms » nous rappelle les Landes, dans le Discovery, toutes vitres ouvertes, et cheveux au vent !

    J’aime

  2. Petite rectification d’Alexis, on n’écrit pas « ça passe bien » mais « ça passe bieng » 😂
    Merci pour le récit de toutes tes aventures, c’est chouette 👍

    J’aime

Répondre à Charles Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *