Le désert, enfin. Le désert, ou l’endroit parfait pour répondre à la question : que va-t-on rencontrer là où il n’y a rien ?
La Mer Morte est, sur le globe, l’endroit le plus bas (les platistes, démerdez-vous avec cette information) avec une altitude de 430 m sous le niveau de la mer.

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Nous voilà partis de bon matin, direction la Jordanie. Une fois Jérusalem passée, il n’y a plus rien à part la route et des panneaux annonçant des noms connus : Mont des Oliviers, Bethléem, Jericho, Brides-les-Bains (mais non, qu’est-ce que je raconte). La route semble descendre sans fin en direction d’une vallée qui ne fait que fuir.

Au nord de la Mer Morte, près de l’embouchure du Jourdain, on s’arrête pour faire le plein. La chaleur est étouffante, les voitures sont rares ; les seuls signes de vie sont un restaurant presque vide et un arrêt de bus qui semble abandonné. Le paysage annonce un univers dépouillé.

Nous prenons la direction du sud, jusqu’à la station balnéaire de Ein Bokek. Il y a là-bas les Champignons de la Mer Morte ; bizarre, me direz-vous, car l’endroit n’est pas exactement réputé pour la profusion d’organismes vivants.
Depuis 1930, le niveau de l’eau a baissé de quarante mètres et la surface a diminué de presque 45%. Depuis les années 1960 seulement, la surface s’est réduite de 33%. La raison en est la diminution du débit du Jourdain.

À Ein Bokek, nous marchons en direction de l’eau, sur une plage de sel.
Pour vous, j’ai goûté l’eau de la Mer Morte. Sachez que l’eau des pâtes, c’est 10g de sel par litre. L’eau des océans, entre 30 et 40g. La Mer Morte, c’est 275g.

Et franchement, c’est le truc le plus dégueu que j’aie goûté, juste après le Moviprep (peut-être lié au fait que contrairement au Moviprep, vous n’avez pas à boire un demi-litre d’eau de la Mer Morte deux fois par jour), mais tout de même devant les sandwiches à l’œuf de la KLM.

Nous avons aussi le fin mot de l’histoire sur ces fameux champignons : il y a comme des petits îlots de sel, dont les bords font penser à la chair de certains champignons, comme les morilles.

Ensuite, nous allons vers une plage plus centrale et accueillante. Je vais me baigner, et la sensation est inhabituelle. L’eau semble plus lourde (c’est le cas) et j’ai des picotements un peu partout, comme si des cristaux de sel cherchaient à se former sur ma peau.
Une fois que je ressemble à un rôti en croûte de sel, je décide qu’il est temps de sortir et d’aller prendre une douche.

Puis, Bo-Katan et moi nous adonnons à une de nos activités favorites.

Nous partons ensuite visiter la citadelle de Massada (en hébreu, “metsada” signifie “forteresse”). Celle-ci a été construite par Hérode entre 37 et 15 avant JC.
En 70 après JC (notez que cette date est celle de la destruction du second temple), une révolte contre les Romains a lieu et pendant sept mois, Massada est assiégée par l’armée romaine. À la fin du siège, les Romains occupent le site.
La citadelle est au bord d’une falaise qui surplombe la vallée du Jourdain ; on y accède au moyen d’un téléphérique.
Là-haut, le soleil est omniprésent. La roche est brûlante, l’air nous cuit la peau. Mais la vue est incroyable.

Les restes de la forteresse montrent un grand souci d’organisation. De nombreuses réserves de vivres permettaient une autonomie importante en cas de siège.

On trouve là-haut des restes d’époques ultérieures, comme l’Empire Byzantin.


Et toujours ce panorama gigantesque et prodigieux sur la vallée.

Une fois redescendus, nous explorons le bâtiment d’où part le téléphérique. J’achète une peluche bouquetin du désert pour Grogu, et nous visitons le musée du lieu. Il est rempli d’artefacts datant de la période du siège de l’armée romaine et témoignant de la vie quotidienne de l’époque. C’est fascinant de voir des amphores comportant des inscriptions en latin ou en grec, des pièces de monnaie, mais aussi des vêtements et des ustensiles de cuisine. Tous ces objets ont été mis au jour lors de fouilles au début des années 1960.
À présent, assez de canicule, le voyage continue en direction de Mitzpe Ramon. C’est un village au bord du cratère Ramon, un cirque d’érosion en plein milieu du désert. On a réservé une yourte à la Ferme des Alpacas.

Ensuite c’est l’heure du dîner : on achète des pizzas dans un petit restaurant de quartier, tenu par des gens tranquilles et sympathiques. À côté, il y a une épicerie où Bo-Katan va faire quelques emplettes, et à la caisse on lui dit “tu donnes ce que tu veux”.
Ça ressemble à une petite vie en communauté, free spirit, bohème, et pacifique. Ça me fait penser à l’Ardèche. C’est une image bariolée et inattendue. C’est loin du bruit, loin des préjugés, loin des généralisations rassurantes et des jugements faciles.

Avant de retourner à la yourte, on fait un tour par un point de vue somptueux sur le cratère.


Enfin, avant d’aller dormir, on passe la soirée à regarder les étoiles avec une astronome. Elle nous donne des explications et les mêmes mots reviennent souvent : “Kadur Haaretz” (la Terre), “Kochav” (étoile), “Shamayim” (ciel), ou “Yareach” (la Lune) ; ça me permet de les mémoriser.
Les constellations défilent au-dessus de nos têtes, nous repérons l’étoile polaire. Quelques étoiles filantes traversent le ciel et Bo-Katan s’émerveille de voir passer un satellite. Saturne se lève sur l’horizon.
Et sinon vous le saviez qu’Antares était une géante rouge ?

Avant de quitter les lieux le matin suivant, nous allons voir les alpacas ; des animaux bien paisibles qui font le bonheur des enfants.



Au village, nous visitons le Centre Ramon, un petit musée qui donne des informations sur la géologie du lieu, sa faune et sa flore ; mais aussi sur l’astronaute homonyme, Ilan Ramon, décédé dans l’accident de la navette Columbia en 2003.
Nous reprenons la route vers Jérusalem. En chemin, on s’arrête à Sde Boker, où se trouve la tombe de David Ben Gourion.

On s’arrête aussi dans un restaurant qui sert essentiellement des fromages de chèvre variés.

Le décor est un peu lunaire et on se croirait sur Tatooine. Pas de lait de Bantha à la carte, néanmoins, et le restaurant est nettement mieux fréquenté que la Cantina (nonobstant un Rodien attablé devant une assiette de falafels).
Bo-Katan reconnaît, assis un peu plus loin, un présentateur de télévision très connu. Et alors j’ai un scoop : sa femme est enceinte ! Vous voilà bien avancés, d’autant plus que j’ai oublié son nom. Je l’ai quand même vu le lendemain à la télé chez les parents de Bo-Katan.

Non content de la référence à Star Wars, je vous en mets une autre puisque de l’autre côté de la route, il y a l’Œil de Sauron.

Nous finissons alors la route vers Jérusalem. Bo-Katan fait une petite sieste pendant que je conduis, et nous laissons le bout du monde derrière nous.
Le lendemain, nous restons à Jérusalem. Un autre pan de l’Histoire.
“Un monument et un nom”, c’est la traduction de l’hébreu “Yad Vashem”. Yad Vashem, c’est le mémorial de la Shoah à Jérusalem.
Le père de Bo-Katan m’y emmène à l’ouverture, tandis que Bo-Katan reste à la maison pour aider sa mère.

Le cœur du musée est construit comme un chemin à suivre, dans l’ordre chronologique, et qui commence par expliquer le contexte de l’antisémitisme et ses différentes formes depuis l’Antiquité jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Ensuite, c’est les années de guerre et les conditions de vie des juifs dans les différents pays d’Europe, les arrestations, les pogroms et déportations, les camps, le rôle des mouvements de résistance.

Enfin, l’après-guerre immédiat et notamment les bateaux remplis de survivants n’ayant nulle part où aller, comme le bateau Exodus.
Je visite ensuite les quelques dépendances du musée.





Silencieux intérieurement, je termine ma visite en marchant dans le parc, puis je rejoins le père de Bo-Katan, qui revient me chercher en début d’après-midi.
Le dernier jour, Bo-Katan et moi passons une journée tranquille à Tel-Aviv, entre Jaffa, un bon restaurant et le centre ville. On va à la cinémathèque voir le film français “Prodigieuses”, avec un Frank Dubosc sobre et juste.






Nous terminons la journée à la plage, à bouquiner. Je regarde une dernière fois le soleil disparaître derrière l’horizon.
Puis, après une dernière nuit à Jérusalem, Bo-Katan m’emmène à l’aéroport.

Prochain épisode si vous êtes sages : Helsinki avec Grogu.
Crédits :
- Statistiques de la Mer Morte
- Massada et photo des ruines
- Mémorial de Yad Vashem
- Livre des noms à Yad Vashem
- Mémorial des enfants à Yad Vashem
- Mémorial des déportés à Yad Vashem
- Crypte du Souvenir à Yad Vashem
What it takes, who I am
Where I’ve been, belong
You can’t be something you’re not
Be yourself by yourself
Stay away from me
A lesson learned in life
Known from the dawn of time
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Très beau périple !
Merci et au prochain rendez-vous .
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